Notre histoire

Créé en 1945 pour répondre aux questions des pouvoirs publics sur la population de la France et ses dynamiques, l’Ined est devenu en 1986 un organisme de recherche, qui aborde de façon pluridisciplinaire les sciences de la population. La qualité des recherches qui y sont menées, les enquêtes souvent originales réalisées par l’Institut ainsi que la variété de ses partenariats nationaux et internationaux en font une institution reconnue en France et à l’étranger.

La création de l’Ined : éclairer les connaissances démographiques

Au sortir de la guerre, suite aux pertes humaines massives, l’Etat français a besoin d’une vision claire de sa démographie. L’Institut national d’études démographiques (Ined) est donc créé par l’ordonnance du 24 octobre 1945. Sous la tutelle des ministères sociaux, l’institut a alors pour vocation de rassembler la documentation, de mener des enquêtes, d’étudier « les moyens matériels et moraux susceptibles de contribuer à l’accroissement quantitatif et à l’amélioration qualitative de la population », ainsi que d’assurer la diffusion des connaissances démographiques au sein de la société, des décideurs au grand public.

La direction de l’Ined est confiée au statisticien et économiste Alfred Sauvy qui occupera cette fonction jusqu’en 1962. Il s’attache à donner à l’institut un caractère pluridisciplinaire en recrutant des chercheurs de formations et d’horizons divers (mathématiques, sociologie, génétique…).  Sous son impulsion, naît « l’Ecole démographique française » qui a contribué au rayonnement scientifique de l’Ined. Les premiers démographes s’inspirent des travaux d’Alfred James Lotka et de Pierre Depoid pour élaborer des méthodes originales d’analyse démographique. En parallèle, Louis Henry fonde la démographie historique en exploitant les registres paroissiaux de l’Ancien Régime.

Au delà de l’approche stricte de la démographie quantitative (mesure et analyse des naissances, des décès, des mariages et des migrations), l’Ined a, dès ses premières décennies, élargi ses thèmes d’analyse aux facteurs explicatifs et contextuels de ces dynamiques, en étudiant notamment la conjugalité et l’interaction entre la famille et le travail. Enfin, les recherches ne se bornent pas à étudier la population française, mais se penchent aussi sur la dynamique de la population mondiale, la relation entre population et développement, les populations du « Tiers Monde » selon l’expression créée par Alfred Sauvy en 1952.

Dès 1946, la revue Population permet de diffuser les résultats des travaux de recherche menés au sein de l’institut. Elle est la principale revue de démographie en France et la revue francophone de référence dans le domaine des études de population dans le monde.

Le statut d’institut de recherche

Par le décret du 12 mars 1986, l’Ined devient un établissement public à caractère scientifique et technologique (EPST). Placé sous la double tutelle du ministère chargé de la recherche et du ministère chargé des affaires sociales, l’Ined a pour mission de développer, diffuser les connaissances démographiques et de contribuer à la formation à la recherche, par la recherche. L’Ined est un des six EPST en France et collabore avec plusieurs d’entre eux, en particulier le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et l’Institut de recherche pour le développement (IRD).  

L’Ined s’organise comme un centre de recherche indépendant.

A partir de la fin des années 1980 et durant la décennie 1990, de nouveaux chercheurs et chercheuses de différentes disciplines (démographie, histoire, sociologie, économie, médecine, géographie…) intègrent l’Ined par voie de concours après l’obtention d’une thèse de doctorat. Ils définissent leur sujet de recherche et les thématiques se diversifient, notamment sur la santé, le vieillissement, les mobilités géographiques, les comparaisons internationales, l’histoire des sciences, les inégalités (en particulier de genre).

Ingénieurs et techniciens sont également recrutés sur concours, en appui et support à ces recherches.

La revue Population devient une revue répondant aux exigences de la communauté scientifique internationale avec un comité de rédaction diversifié et une procédure d’évaluation externe par les pairs.  Le profil des contributeurs se diversifie et s’internationalise. A partir de 1989, la revue publie une sélection d’articles traduits en anglais, à destination de la communauté non francophone. La revue deviendra totalement bilingue en 2002. Il en est de même pour sa revue de vulgarisation Population & Sociétés créée en 1968 qui deviendra bilingue dès 2000.

L’Ined rayonne à l’international

A partir des années 2000, l’internationalisation de la recherche à l’Ined devient également significative à travers l’essor des publications dans les revues internationales, des collaborations internationales et la présence des chercheurs dans des colloques internationaux, y compris anglophones. Le directeur de l’Ined de l’époque, François Héran, crée alors une direction des relations internationales qui deviendra la direction des relations internationales et des partenariats. Cette direction a pour mission de valoriser les nombreux partenariats et de les favoriser. L’Ined renforce également ses collaborations avec les institutions françaises ainsi que les universités et centres de recherche à l’étranger. Depuis 2000, l’Ined héberge également dans ses locaux l’Union internationale pour l’étude scientifique de la population. Depuis 2005, l’Ined participe à l’Ecole doctorale européenne de démographie qui regroupe sept institutions européennes pour offrir chaque année à une promotion d’étudiants sélectionnés une formation intensive et de pointe en démographie.

Durant cette période, le financement de la recherche évolue, avec la mise en place de dispositifs de financements de projets nationaux, en particulier avec la création de l’Agence nationale de la recherche en 2005, les Programmes d’Investissements d’avenir et aujourd’hui France 2030. L’Ined s’inscrit dans ce nouveau paysage. L’École des hautes études en démographie est créée en 2019, labellisée École universitaire de recherche  co-portée avec l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et soutenue par six universités partenaires, huit écoles doctorales et dix unités de recherche. Les recherches menées à l’Ined sont aussi financées par des organismes internationaux ou étrangers, en particulier par l’Agence européenne de la recherche.

Des enquêtes et méthodes innovantes

La collecte de données est un aspect fondamental de la recherche telle qu’elle est menée à l’Ined. Dès sa création, l’institut est en pointe dans le domaine des sondages, avec Alain Girard et Jean Stoetzel qui organisent de nombreuses enquêtes sur l’opinion des français en matière de fécondité, le nombre d’enfants désirés, le travail des femmes, l’immigration, etc.

Ses grandes enquêtes font sa renommée, ainsi toutes celles portant sur la conjugalité, à la suite de la première enquête sur le Choix du conjoint menée en 1959. Nombre d’enquêtes, produites ou co-produites avec d’autres institutions comme l’Insee ou l’Inserm, ont porté sur des sujets sensibles et longtemps jugés difficiles à mesurer scientifiquement. C’est le cas des enquêtes telles que les comportements sexuels des français (CSF en 2004-2006) ou les violences (Virage 2015) ; sur des populations spécifiques comme les populations issues de l’immigration (MGIS en 1992, TéO1 en 2008 et Téo2 en 2020) ; sur des populations vivant dans les territoires ultra-marins ou encore les sans domicile.   

L’Ined s’est associé à des enquêtes à caractère longitudinal, en particulier avec l’Inserm, pour suivre une cohorte d’enfants nés en 2011, la cohorte Elfe. L’Ined est aussi partie prenante de collectes européennes permettant des comparaisons précieuses sur les relations familiales et intergénérationnelles (Erfi1 en 2005 et Erfi 2 en 2024 dans le cadre du programme sur le genre et les générations GGP) et de bases de données internationales de référence comme la Human mortality database (HMD). L’ined s’investit aussi dans l’analyse de données administratives à des fins de recherche, avec des projets exploitant par exemple le Système national des données de santé (SNDS).

L’Ined a souvent été novateur sur le plan méthodologique dans le domaine des enquêtes et des études statistiques. On peut citer deux exemples : l’approche multimode combinant des questionnaires en ligne, des entretiens téléphoniques ou en face-à-face permet d’améliorer la couverture des enquêtes et de mieux prendre en compte les divers profils de population ; le développement des études quantitatives des biographies pour mieux collecter et analyser les trajectoires de vie et les interactions entre les différentes sphères de la vie (familiales, géographiques, professionnelles…).

L’Ined aujourd’hui

Géographiquement, le personnel de l’Ined est rassemblé à Aubervilliers depuis 2019, sur le campus Condorcet, dont l’Ined est membre fondateur et partenaire. L’installation sur le campus offre une nouvelle dynamique notamment de partenariats.  

Au fil de l’histoire, tout en restant au service du public, l’Ined a su se réinventer pour devenir un institut de recherche de référence, en France comme à l’étranger, que ce soit du point de vue des thématiques de recherche qui évoluent au fil des évolutions démographiques, sociales et économiques de la population, ou du point de vue des approches et des méthodes pour pouvoir explorer et comprendre au mieux ces changements.

Quelques références sur l’histoire de l’Ined : 

Rosental P.-A., 2003, L’intelligence démographique. Sciences et politiques des populations en France (1930-1960), Paris Editions Odile Jacob, 368 p.

Girard Alain, 1986, L’Institut national d’études démographiques. Histoire et développement, Paris, Ined, 253 p.

Sardon Jean-Paul, 1995, Présentation du numéro thématique : Cinquante années de Population, Population 1995, 50(6), pp. 1329-1331.

Directeurs et directrices de l’Ined depuis sa création

Alfred Sauvy (1945 - 1962)
Jean Bourgeois-Pichat (1962 - 1972)
Gérard Calot (1972 - 1992)
Jacques Magaud (1992 - 1995)
Patrick Festy (1995 - 1999)
François Héran (1999 - 2009)
Chantal Cases (2009-2015)
Magda Tomasini (2016 - 2023)
Aline Désesquelles (Directrice par intérim) (2023-2024)
François Clanché (2024 - )

En savoir plus sur Alfred Sauvy